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Les plaisirs de l'aquarelle

Les Yeux d'Elsa, Louis Aragon

 

L'aquarelle (30,5 x 45,5 cm) : Les-yeux-d-Elsa--5--.jpg

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Je reviens de Strasbourg, parapluie trempé, voyage en bus et tram.  Meteo--17-.gif  

Mais je n'ai pas croqué, comme cela m'arrive parfois, car j'avais une chanson en boucle dans la tête.     http://www.youtube.com/watch?v=FP9WLvZhL5Y  

Pas étonnant, avec une nouvelle aquarelle, inspirée par cette poésie d’Aragon, que Jean Ferrat interprète de façon magistrale ! 

Aragon nous a quitté depuis 30 ans et je voulais célébrer sa mémoire.

Mon premier contact avec Aragon ne date pas d’hier ! 

Au CM1, la maîtresse nous avait prié d’apprendre une récitation, au choix, pour ensuite la réciter devant la classe. Ma sœur était au collège, j’ai choisi une poésie, dans un de ses livres de classe : "La rose et le réséda", de Louis Aragon. Le texte me parlait, ses idées sur la religion m’intéressaient davantage que le contexte de guerre.  Quand est venu mon tour, la maîtresse s'est montrée surprise de mon choix !   http://www.poetica.fr/poeme-6/louis-aragon-la-rose-et-le-reseda/  

Papier Fabriano Artistico Extra White, grain fin, 300 g/m². Ecriture scripte avec feutre Pitt dark sepia Faber-Castell. Dessin à partir de plusieurs photos, inspiré des mots de la poésie. 

Les yeux d’Elsa était couleur lavande, je n’invente rien ! J’ai choisi bleu outremer, rouge magenta, or quinacridone et brun de mars, et aussi de la gomme à masquer pour préserver quelques blancs.

La voici, prise ce soir sous la lampe, sans flash. Qu’en pensez-vous ?

 

1ère étape, prise de nuit

 

Itiz : J'aime bien l'idée, ainsi que les couleurs... Des yeux de cette couleur, effectivement cela devait être quelque chose ! Au niveau des yeux, ils me semblent plats (ne pas oublier qu'un oeil est un globe), donc quelques ombres sur les côtés amélioreraient, et également sous les cils car il y a de l'ombre aussi...

Alizarine : J'aime bien l'idée et, à tout prendre, ces yeux stylisés et plats me semblent un bon reflet de l'irréel et du rêve. Ça me plaît.

Itiz : OK, excuse-moi ! Je n'avais pas compris !

Krin : S'il y a le reflet des iris, pourquoi pas du reste ?

Mais non, mais non, Itiz, si je poste dans la rubrique "Critiques", c'est bien pour que chacun dise ce qu'il pense !

Merci de me le signaler, Krin, mais parmi les photos qui m’ont servies, il y en avait une où, seuls, les yeux se reflétaient dans l'eau. Une composition, bien sûr, mais sur une aquarelle imaginaire, pourquoi pas ? Penses-tu qu’il vaudrait mieux que j’ajoute l’œil entier et les sourcils ?

Je viens de la prendre à la lumière du jour, sans retrouver ses yeux lavandes, mais au scanner, j’y suis parvenue, avec des couleurs plus exactes..

 

1ère étape, prise de jour

 

Alizarine : Le reflet est impossible et l'œil irréel, on est dans le domaine du rêve, de l'imaginaire. Ça me fait aussi penser à la chanson de Cabrel "l'encre de tes yeux". C'est bien à l'encre des yeux d'Elsa qu'Aragon a écrit ses plus belles pages.

Merci Alizarine, on est sur la même longueur d’onde ! Je viens de réécouter Francis Cabrel, je poste un lien vers sa chanson : http://www.youtube.com/watch?v=VW7VqGn_Nhg  

Krin : Qu'il n'y ait pas un semblant de reflet du reste de l’œil me gène, ainsi que la forme des sourcils. Mais bon, si ces "irréalités" sont assumées et volontaires, l'aqua n'a apparemment pas sa place dans les critiques, alors, puisque qu'on ne peut pas faire avancer le smilblick...

Alizarine : C'est vrai qu'il est difficile de faire une critique constructive dans ce cas précis. Peut-être seulement au niveau des fondus pour faire plus "encre" et plus "eau".

Détrompe-toi, Krin, je n’ai jamais dit que je n’y retoucherais pas, c’est rare que je fasse une aquarelle en une seule étape. J’étais seulement contente qu’Alizarine ait le même ressenti que moi ! 

Tu fais bien d'évoquer la forme des sourcils, ils me dérangent aussi, et je vais tenter de légers reflets pour le reste des yeux, comme tu le suggères. C’est dans un cas pareil, nouveau pour moi, que j’ai le plus besoin de critiques, même si elles sont difficiles à faire, et je vous en remercie !   

Mais je ne me sens pas obligée d’être d’accord, désolée si je t’ai froissée, Krin.

Retravailler les fondus, Alizarine, je vais essayer, mais j’ai peur de tout gâcher !

Krin : Tu as bien raison de ne pas te sentir obligée d'être d'accord, c'était juste qu’Itiz avait fait une proposition et moi aussi, et la réponse dans les deux cas était que c'était justement le coté irréel recherché. 

J'avais donc l'impression qu'on ne pouvait pas vraiment aider...

Mais le pourrez-vous encore, Krin, je n’y vois plus très clair ? Yeux-fermes.gif 

Grand nettoyage, sauf sur les yeux que je vais essayer de rendre plus réalistes, globe oculaire plus net, cils et sourcils atténués, des reflets plus précis. L’eau est aussi à refaire, peut-être en versant la peinture, pour plus de fondu.

Une petite bidouille pour se rendre compte... mais suis-je sur la bonne voie ?

 

Les-yeux-d-Elsa-TI--1--jpg

Traitement informatique de l’image

 

Alizarine : Pas à mon sens, j'aimais mieux la première version. 

Manic : Voici des yeux mis en vedette dans ce portrait, il y a une ombre qui doit se dessiner sur le haut de l'œil. (n'existent plus)  

Krin : Moi, c'est juste le blanc qui me gène, tu l'as fait comment ?

Depuis hier, retour à la case départ. Alizarine, je suis désolée ! Copie-de-Pleurs--4-.gif

Manic, merci pour ce portrait, bien sûr, dans un portrait réaliste, des ombres s'imposent au-dessus des yeux !

Le blanc, Krin, c'est le blanc du papier que j'ai réservé au Drawing-gum. De toute façon, à présent, l'éponge magique est passée et j'ai tracé les yeux dans l'eau afin de mieux respecter les volumes quand je peindrai les reflets.

J’attends l’inspiration pour me remettre au travail, c’est tellement plus facile de copier la nature !

 

2ème étape, après avoir effacé

 

... Et les beaux yeux d'Elsa m'ont inspirée ! J'ai laissé le ciel délavé pour avoir moins d'opposition avec le blanc des yeux. Il a fallu que je repasse l'écriture, au feutre Pitt encre de Chine, sinon, j'ai conservé les mêmes couleurs d'aquarelle.

 

3ème étape

 

Le lendemain : Les sourcils reflétés sont placés trop bas, hier, j’ai corrigé, et voici la dernière étape que je pense définitive. Mais je ne parviens toujours pas à rendre aux yeux du haut leur couleur lavande, si j’augmente le rouge, le reste n’est plus fidèle !

 

4ème étape

 

Quand je compare cette étape à la 1ère, je pense que j’ai eu tort d’y retoucher, Alizarine avait raison, elle était plus à mon goût ! Mais c’était un risque à prendre, alors tant pis, ce n'est que du papier !  

 

  Les yeux d'Elsa, lumière du jour (1).Les yeux d'Elsa (4).

1ère et 4ème étapes 

 

Nicole : Très original, belle réalisation, bravo !

Minouche : Je chante ce poème sur la musique de Ferrat depuis mon adolescence. Une difficile adéquation entre l'essence du texte et celle de l'image.

Original, mais le résultat n'est pas concluant, l'eau est trop stagnante, la couleur n'est pas celle de "soleil"... je préférais avant ! J'ai pris des risques, on ne peut pas tout réussir, merci les amies ! Perdue pour perdue, il est possible que je tente un sauvetage, mais pas en aquarelle.

Alizarine : J'aimais mieux avant aussi.

L’aventure était belle, je m’en suis donné à cœur joie, tout en restant en aquarelle !   Une brossette inter-dentaire humide, pour tracer des lignes horizontales plus claires au niveau des reflets des yeux, en ôtant de la couleur, de la gomme arabique, encore jamais utilisée, qui, mélangée à de l’aquarelle, m’a permis de donner une impression de mouvement. Mélangée à du blanc de Chine, elle a rehaussé leur éclat, avec un mélange de bleu outremer et de rouge magenta, elle en a accentué les reflets.

Sur le fond, avec du brun de mars, j’ai marqué des lignes plus foncées. Et à la fin, j’ai gratté pour accentuer le blanc des yeux.

Ce n’est guère mieux, cette étape sera  la dernière.  

J’adore expérimenter, qu’importe le résultat, c’est ainsi que je progresse !

 

Dernière étape

 

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Biographie de Louis Aragon (1897-1982)

Louis Aragon, écrivain et poète français, a entrepris des études de médecine après son baccalauréat. Il s’y lia d’amitié avec André Breton.

Mobilisé en 1917, il le retrouve après la guerre et participe, avec lui et Philippe Soupault, à la création d’une revue littéraire. Après la publication d’un premier recueil de poèmes, il participe à des manifestations du mouvement Dada, puis s'engage dans des recherches littéraires, qui l'amènent à exprimer sa propre conception du surréalisme en 1924.

En 1927, année charnière de sa vie, il adhère au parti communiste et rencontre Elsa Triolet qui marquera sa vie. En 1932, il romp avec le surréalisme et écrit de nombreux romans.

Mobilisé en 1939 et communiste français, il devient clandestin et organise un réseau de résistance en zone sud. Il fait paraître sous le manteau des poèmes où se conjuguent patriotisme et élans amoureux.

A la Libération, il publie son roman le plus célèbre, Aurélien, grand roman d'amour presque autobiographique. Il devient ensuite membre du comité central du parti communiste jusqu'à la connaissance des atrocités de Staline.

De 1953 à 1972, il revient à son œuvre et prend la direction de "Lettres Françaises" . Après la mort d'Elsa en 1970, il publie "Henri Matisse", roman qui témoigne de son intérêt pour la peinture de son siècle.

Louis Aragon repose en paix auprès d'Elsa dans une fondation, sa dernière volonté.

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Biographie d’Elsa Triolet (1896-1970)

Elsa Triolet, écrivain et résistante française d'origine russe, est née en 1896 à Moscou et décédée en 1970. Elle apprend le français très tôt et se lie avec le poète Vladimir Maïakovski, qui deviendra ensuite le compagnon de sa sœur.

En 1918, elle quitte la Russie, puis épouse, à Paris, André Triolet, un officier français. Ils s’installent à Tahiti, où elle écrira, ses premières œuvres, mais subira une dépression liée au climat. Elle retourne en Europe et quitte son mari en 1921. 

Suivra un temps d'errance, à Paris, Berlin, Moscou, Londres, puis s’installe à Berlin où elle écrit plusieurs romans en russe. C'est une femme qui vit dans la solitude, bien que toujours très entourée. Installée à Montparnasse en 1924, elle fréquente des écrivains surréalistes et des artistes comme Fernand Léger et Marcel Duchamp. Elle y rencontre Louis Aragon, en 1928, et devient sa muse.

Dans les années trente, elle dessine des colliers pour la Haute couture, écrit des reportages et traduit des auteurs russes et français. Elle se marie avec Aragon en 1939, entre avec lui dans la Résistance, en zone sud, et contribue à diffuser des journaux, écrire des romans et des nouvelles. Elle est la première femme à obtenir un prix littéraire.

Elle assiste en 1946 au procès de Nuremberg, s’attache à promouvoir la lecture... Elle voyage beaucoup dans les pays socialistes avec Aragon, mais, si elle a conscience de l’antisémitisme et des crimes commis en Union soviétique, elle ne fait aucune déclaration publique sur ces événements. Elle exprime sa critique du stalinisme en 1957, continue d’écrire et intervient activement, en 1963, pour faire paraître en France, un roman d’Alexandre Soljenitsyne. En 1966, elle participe à la réalisation d’un court-métrage sur son histoire d'amour avec Aragon.

En 1970, Elsa Triolet meurt, victime d'un malaise cardiaque.

 

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